Frigide Barjot chez PMO ?

Un texte trouvable dans le numéro 8 de la revue Timult sur les dérives réactionnaires de certains écologistes et militants anti-industriels.

Frigide Barjot chez PMO ?

Frigide Barjot, membre de PMO ?

Pièces et Main d’Œuvre, atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique à Grenoble, publie sur son site un article extrait de la revue L’écologiste. Cet article reprend les valeurs de Frigide Barjot et ses ami.es, en défendant « la nature de la filiation ». Est ce qu’avoir un discours critique sur la technologie permet de devenir pro-vie (comme les cathos intégristes) en restant politiquement correct ? Il semblerait que oui. Mais ne comptez pas sur notre silence.

Le principe de base de cet article est que la technologie est l’ennemie de la Nature. Par nature, l’auteur entend couple hétérosexuel, femme faite pour être mère, figure du père essentielle à la construction de l’enfant. Les technologies critiquées sont la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et la Gestation Pour Autrui (GPA), comparées aux Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). Le fait de les autoriser créerait un précédent gênant qui ferait de l’exception une règle. Vu qu’il serait possible de se passer de l’Autre pour enfanter, le monde sombrerait dans l’individualisme, Cet individualisme, selon l’auteur, s’appuierait sur la transformation du fait d’enfanter en un « droit » et en un « produit de consommation ».

La peur que la PMA et la GPA deviennent un marché est justifiée dans une société où les actes médicaux sont de moins en moins remboursés, les médecins payés à l’acte, bref dans un monde où de plus en plus de choses s’achètent. Enfanter comme ne pas enfanter est un droit, oui. Le droit des femmes à disposer de leur corps, droit pour lequel beaucoup de sont battues. Je ne pense pas que l’obtention de « droits » signifie que tout est acquis sur le terrain de la lutte. Et je crois même que l’absorption par la Loi d’un certain nombre d’avancées arrachées dans la rue ont été un moyen de les canaliser et de les vider de leur substance, de déposséder à nouveau des personnes, des libertés qu’elles avaient gagnées de vives luttes. Cependant, les moments de reconnaissance par la Loi de besoins spécifiques, de libertés à disposer de soi-même, et donc de droits, ont été dans l’histoire des luttes des paliers importants.

Pour cela, des techniques comme la contraception, ou l’avortement, sont des avancées et non des « hérésies contre-nature ». Pour cela, il s’agit de se battre encore, pour que ces acquis au sein de l’institution médicale, soient au service des personnes, de la réappropriation de leur propre corps, et non l’occasion d’exercer un nouveau contrôle sur elles. Ce n’est pas parce que la « nature » permet aux femmes d’avoir 14 enfants d’affilée et de passer 16 années dans les couches et le vomi qu’elles sont obligées de l’accepter comme un cadeau de la « nature ». Ce n’est pas une « haine de la nature » qui motive la légalisation de la PMA et de la GPA, mais une colère contre l’injustice sociale. L’argument naturel sert à justifier un ordre des choses répugnant, où les femmes seraient inférieures aux hommes, les hétérosexuels supérieurs aux autres. Il fût un temps où la nature voulait que l’homme blanc instruise les colons sauvages et bronzés. Il est encore de dangereux personnages prêts à affirmer que l’homme a des besoins sexuels naturels qui lui donnent le droit de violer. Ce que vous appelez nature, on l’appelle la norme, et celle ci est heureusement changeante.

Quand la technologie est au service de l’humain, elle peut être acceptable, voire bénéfique. J’aurai du mal à tenir un argumentaire solide sur la technique mais Diana Turelle et Gaby Olaugy ont heureusement fait une belle partie du travail que PMO a visiblement abandonné. Un petit coup d’essai, quand même : lorsque les luddites ont pris leurs marteaux pour détruire les métiers à tisser dans l’Angleterre industrielle, ils détruisaient une technologie qui ne servait pas l’humain. En tous cas, pas la majorité des humains. L’industrialisation a détruit l’organisation sociale des ouvriers et les a déshumanisé en les privant de savoir-faire et de « métiers », pour les transformer en simple rouage de la chaîne de production, pour les profits des patrons. Le développement des techniques et technologies devrait être mené dans un but d’utilité sociale et non de profit capitaliste et/ou politicien. Qui est aliéné par la PMA et la GPA ? Le couple hétérosexuel reproductible qui ainsi, perd son privilège d’être le seul à pouvoir enfanter « naturellement » ? Pauvres chats. On vous plaindra quand on aura le temps, parce que vous n’avez à perdre qu’un privilège dérisoire, et que ça ne changera rien à votre vie. Vos enfants iront peut être à l’école avec des enfants de déviant.es, et peut être même deviendront eux et elles mêmes déviants. Grande nouvelle, vos enfants peuvent déjà devenir homosexuels ou célibataires sans la PMA, sans la GPA. La différence est qu’une goutte d’avancée sociale leur permettra de moins culpabiliser.

La technologie se doit de servir les humains. Nous pourrions être d’accord si vous n’aviez pas une vision aussi réductrice de l’humain, de l’enfant et de la parentalité. Pour vous, l’humain finit en famille autour d’un couple hétérosexuel heureux et épanoui. C’est peut être vôtre réalité, mais ce n’est pas celle de tout le monde. La nature voudrait qu’un enfant connaisse son père ? Parfois la nature fait mourir ce père bien trop tôt pour que l’enfant le connaisse. Vous vous insurgez contre l’anonymat des donneurs de spermes ou l’accouchement sous X ? Mais savez vous qu’il arrive que des pères fuient une femme enceinte et décident d’eux mêmes (naturellement ?) de devenir anonyme ? Vous vous révoltez contre la polygamie et la co-parentalité ? Le mariage est une institution qui permet aux parties d’être équitablement responsable d’un enfant. Le parrainage ou marrainage ne permet que d’être responsable secondaire. Le mariage et l’adoption ont cette limite que seulement deux personnes sont responsables d’un enfant. Ce n’est pas toujours le cas. Le rôle d’autres personnes, membre de la famille ou pas, est parfois essentiel dans l’éducation d’un enfant.

Ce n’est pas à la Loi de décider de cette importance mais bien aux individus concernés. Être parent n’est pas qu’un acte biologique, un simple croisement de gênes. Combien d’enfants ont été envoyés en foyer parce que leurs parents biologiques ne pouvaient pas s’en occuper alors qu’ils avaient une grand-mère, un tonton de sang ou de cœur, prêt à les accueillir ? Vous qui défendez l’humain, comment pouvez-vous tirer à boulets rouges sur ses limites ? Avec l’exemple de cet homme élevé par deux femmes, dont une « avait un problème à régler avec les hommes », que voulez-vous dire ? Qu’aucune mère issue d’un couple hétérosexuel n’a de « problèmes avec les hommes » ou avec sa propre mère ? Chaque parent a à gérer son histoire, son passé, ses problèmes, et fait ce qu’il peut avec. Il y a peu d’enfant à qui il ne manque pas de « brique dans sa construction ». Pour l’un ce sera un père, pour l’autre la confiance en soi. Je peux aller dans le glauque commun en vous demandant quel père incestueux envers sa fille n’a pas de problème avec les femmes ? Mais tant que l’on reste dans le cadre hétérosexuel, pour vous tout va bien. Seul.es sont puni.es les célibataires et les couples homosexuels. Vous délimitez l’acceptable par rapport à une nature subjective, et idéalisée.

Un père et une mère ayant un rapport sexuel pour enfanter ne font pas une famille parfaite, parce qu’il n’y a pas de famille parfaite, pas de parent parfait, pas d’humain parfait ou normal. Le désir d’enfanter ou de ne pas enfanter est aussi respectable, d’où qu’il vienne. Et si la technologie peut aider à le rendre possible, soit, elle est au service de quelque chose d’humain. Qui sommes-nous pour juger et présupposer de quelle brique manquera l’enfant ? Vous le faites, au nom de la science et de la nature, ce qui fait de vous une sorte de dieu moralisateur, scientiste et réactionnaire, fermé aux réalités sociales que vous ne pouvez pas voir de vôtre bureau.

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