De la misère sexiste en milieu anarchiste

miseresexiste-brochureX est fatiguée. Fatiguée d’être toujours obligée de s’imposer, de se battre pour obtenir la parole, pour prouver qu’elle a de la valeur, pour gagner de la crédibilité et de la confiance, pour exister dans les espaces collectifs.

V en a marre de ne pas être prise au sérieux parce que les autres la pensent douce et fragile, marre qu’on lui rappelle que certains domaines ne relèvent pas de sa compétence de femme. Marre qu’on considère qu’une action de confrontation aux fafs ou aux flics est dangereuse pour elle, qu’elle ne sait pas réparer un vélo et encore moins tenir une perceuse. Bien sûr, on ne lui dira jamais comme ça, mais dans les faits, tant qu’elle n’aura pas fait ses preuves elle sera toujours exclue de certaines activités.

Z vit dans l’ombre de son compagnon. Parce que les deux partagent les mêmes choix et activités politiques elle est toujours « la copine de ». Evidemment tout le monde l’aime bien mais quand il est question de proposer des choses, actions soirées ou quoi que ce soit, c’est à lui que tout le monde s’adresse.

D a passé plusieurs années dans un milieu, un réseau, un groupe affinitaire, mais quand elle s’est séparée de son compagnon, c’est lui qui est resté. Elle, on l’a juste oubliée.

F subit des jugements méprisants. Parce qu’elle a une sexualité libre, elle se fait traiter de salope, de manipulatrice. Parce qu’elle plaît, elle est considérée comme une allumeuse. Parce qu’elle vit des relations non-exclusives, elle s’en prend plein la gueule alors qu’elle a pourtant toujours été honnête à ce sujet.

M écarte les cuisses et simule parce qu’elle n’ose pas dire à son partenaire qu’elle n’a pas envie, parce qu’elle a peur de sa réaction. Peur qu’il se sente rejeté, peur qu’il pense qu’elle ne veut plus de lui. Par principe, elle est contre le devoir conjugal, mais même si elle ne met pas ces mots là-dessus, elle l’a bien intégré.

B s’écroule en larmes sous le déversement de rage de celui qu’elle aime. Juste parce qu’il est jaloux ou se sent en danger, elle subit la colère, la dévalorisation, les insultes. Et pourtant, au lieu de refuser ça, c’est elle qui s’excuse, qui se sent coupable de l’avoir blessé.

R accepte tout venant de son amoureux, fait de nombreuses concessions, cède à ses envies parce qu’elle l’aime, parce qu’elle veut que tout soit pour le mieux pour lui, qu’il se sente bien et qu’elle a peur de foutre la merde.

S a vécu un viol. Elle a hurlé ce « non » qui n’a jamais été entendu. Elle a essayé de se débattre mais lui n’a pas hésité à utiliser la force. Elle a eu peur qu’il la tue. Puis il est parti. Elle, elle est restée avec cette déchirure.

T porte seule les violences qu’elle a subit de la part de son compagnon. Parce qu’elle ne veut pas lui nuire, entacher sa réputation en parlant. Parce qu’elle ne veut pas faire exploser cette situation dans le milieu. Alors elle se tait, elle fait semblant que tout va bien. Et personne n’ira chercher plus loin, parce que c’est privé, et que personne ne lui apportera de soutien. Elle le porte seule et le portera toujours.

C a mal. C a honte d’accepter tout ça. Mais elle lui trouve toujours des excuses, mais elle reste parce qu’elle est amoureuse.

N est partie. Et aux yeux des autres c’est encore elle la méchante, elle qui le fait souffrir, qui ne fait pas attention à lui.

P est en colère. Elle exprime sa rage d’avoir subi tout ça, de s’être laissée traiter ainsi par celui qu’elle aimait. Et aux yeux des autres elle est hystérique. Elle devrait se calmer, se taire une fois de plus.

J est féministe. Elle sait que toutes ces situations ne sont pas des parcours individuels mais des histoires de femmes, qui se répèteront et se revivront tant que tout le système social n’aura pas été ébranlé dans ses fondements. Elle a fait de ces histoires un combat politique. Pour ça elle subit la décrédibilisation, les moqueries, le rejet. Parce qu’aux yeux de tous, elle exagère, elle va trop loin, elle remet toujours ça sur le tapis.

X, V, Z, D, F, M, B, R, S, T, C, N, P et J. Toutes ces femmes, vous les connaissez. C’est ton amie, ta copine, celle avec qui tu couches. C’est toi peut être. C’est celle que tu as croisée à un concert, à une manif. Celle avec qui tu milites, avec qui tu discutes, avec qui tu rigoles.

ÇA TE CONCERNE. ÇA NOUS CONCERNE.

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